novembre 01, 2026

Mon journal 22

  Le Corset de Louis Clichy (2026).

  Notes d'octobre.

1er octobre
Un nouveau Top 10 (p. ord. alph.) aux 3/4 de l'année: (films nouveaux, ressorties, inédits)
— Des jours et des nuits dans la forêt (Ray), 1970
— Dry Leaf (Koberidze)
— Ella McCay (Brooks)
— Ginza Cosmetics (Naruse), 1951
— Le Journal d'une femme de chambre (Jude)
— The Mastermind (Reichardt)
— Merci d'être venu (Cavalier)
— Notre salut (Marre)
— Todas las canciones hablan de mí (Trueba), 2010
— Le Vagabond de Tokyo (Suzuki), 1966

2 octobre
Mon film. Sur Notre salut d'Emmanuel Marre.

9 octobre
Le cirque Modiano — Pas encore lu L'Eléphant, le dernier Modiano. Mais le fait qu'il suive La Danseuse (si on fait abstraction de 70 bis entrée des artistes, co-écrit avec Christian Mazzalai, qui n'était qu'une parenthèse dans l'œuvre du romancier), m'a fait immanquablement penser au cirque. Ce qui fait que j'ai eu envie de relire... Un cirque passe, un des mes Modiano préférés, que j'ai donc relu (ça doit être la quatrième fois... une vieille édition de poche avec l'illustration de Pierre Le-Tan en couverture), en une soirée, comme toujours avec Modiano, et avec le même émerveillement, le même amusement (c'est dans ce roman que Modiano doit user le plus de l'expression "hausser les épaules"), la même émotion, et cette fin abrupte, qui vous foudroie comme une balle en plein cœur (alors qu'on s'y attend, puisqu'on l'a déjà lue).
13 octobre
Le jour où... Sur le Jour de son retour de Hong Sang-soo.

15 octobre
Chez Bill Krohn, qui vient de disparaître, il y avait ce drôle de mélange, à la fois de rigueur et de maîtrise, sans quoi il n'y a pas de bon historien (son Hitchcock au travail est un modèle — cf. aussi le livre sur Joe Dante qu'il dirigea), et de cinéphilie atypique, plus décontractée, ainsi qu'il se dégageait de ses articles dans les Cahiers (ses fameuses "Lettres d'Hollywood"). J'aimais beaucoup.

17 octobre
Vu Ton animal maternel de Valentina Maurel, une sorte de Sweetie costaricain, du moins sur le fond (le beau portrait de deux sœurs, au regard sévère, l'une angoissée, l'autre plus que border), parce qu'au niveau de la forme, c'est plutôt l'opposé: aux plans très composés du film de Campion répond ici un tournage en caméra portée, un peu trop systématique, et même agaçant à la longue (notamment lors des échanges entre les personnages), mais bon...

19 octobre
Il y a trente ans exactement, le 19 octobre 1996, disparaissait à l'âge de 45 ans Philippe Arnaud "sans laisser de traces, à la tombée de la nuit, sur une plage corse...", ainsi que l'écrivait Alain Bergala. 

20 octobre
L'anti-Thésée. Sur Minotaure d'Andreï Zviaguintsev.

21 octobre
Oh, le joli film que voilà! Qu'est-ce qui fait le charme du Corset de Louis Clichy? Je dirais la simplicité, qui rend cette histoire, au demeurant familialiste, voire traditionaliste, incroyablement touchante. Cela tient peut-être à sa dimension nostalgique, pour peu qu'on ait été soi-même enfant à la fin des années 80, qu'on soit issu d'une famille d'agriculteurs et qu'on connaisse très bien la Beauce... mais plus encore à la manière dont Clichy se débarrasse des clichés (héhé) propres au milieu décrit, en "redressant" (à l'image du corset) son récit, à la base ancré dans la réalité d'une époque, pour en faire un merveilleux conte moral, qui ainsi traverse le temps... Où tout devient possible, comme de faire voler en éclats cette "cage" à laquelle ressemble par moments la vie d'un enfant (qui plus est affublé d'un corset), ou plus simplement marier l'"Ouragan" de Stéphanie de Monaco et le Requiem de Fauré... Une simplicité qui tient enfin au graphisme, qui mêle la technique du lavis et le trait noir à l'encre de Chine, typique du comic strip. Et là, évidemment, on ne peut que craquer...

22 octobre
Une nuée ardente. Sur la Gradiva de Marine Atlan.

23 octobre
Portobellocchio — Vient de m'enfourner les six épisodes de Portobello, la mini-série de Bellocchio. Du pur Bellocchio. Mais pas du meilleur. D'abord parce qu'empreint d'un maniérisme, qui certes est habituel chez Bellocchio mais qui là s'avère franchement pénible, le clair-obscur du film basculant régulièrement dans le "contre-jour", ce qui est différent, nimbant la série dans une symbolique poussive (je passe sur la métaphore du "château de cartes", pas des plus légères mais qui ne sert que de transition entre les épisodes), quant à la question de la "vérité" et du "spirituel", qui fait d'Enzo Tortora la figure d'un martyr (le scénario est inspiré des lettres qu'avait écrites Tortora à sa jeune compagne — c'est le côté "Aldo Moro" de la série) et, de ce qu'il a vécu, l'équivalent d'un véritable chemin de croix, transformant les épisodes, plus précisément les n°2, 3, 4 et 5, en autant de "stations". (A la différence toutefois que, à l'autre question, qui est celle du "pardon", Tortora répondra à des enfants qui l'interrogent, que ses bourreaux à lui, contrairement à ceux de Jésus, savent ce qu'ils font.)
J'ai regretté jadis que le Traître ne soit pas une mini-série et me suis félicité par la suite que Esterno notte en soit une, eh bien, concernant Portobello il m'aurait suffit que ce ne soit qu'un film, qui n'étire pas aussi longuement, bien qu'il ait été réel, le "calvaire" du célèbre animateur télé (évident bouc émissaire)... soit, pour le dire autrement, le "clair" de la série, l'"obscur" se trouvant être ce qui se tramait en coulisses dans l'esprit des juges chargés de l'affaire, quant à leurs "relations" avec la mafia camorriste (celle-ci sous son aspect à la fois psycho/socio-pathique et très, trop?, commedia dell'arte) comme avec les médias... A privilégier ainsi le champ du martyr et du spectacle au détriment du contre-champ politique, Bellocchio non seulement nous frustre mais se trouve contraint d'en rajouter dans le storytelling pour susciter et accentuer l'indignation du spectateur et faire du dernier épisode la "catharsis" attendue. C'est puissant mais aussi très roublard.

27 octobre
Un père. Revoir Aprile de Moretti.

30 octobre 
Pas trop compris la hype autour de Hope. Enfin si... J'y reviendrai.

31 octobre
Anatomie d'une chute — Pendant que la critique passe le Moulin de Nemes à la moulinette, je m'intéresse à un autre face-à-face. Non plus celui, réel mais réinventé, entre Jean Moulin et Klaus Barbie, mais celui, purement imaginaire (né de l'imagination d'Erri De Luca, via son roman Impossible qu'adapte ici Emmanuel Finkiel pour la télé), entre un ancien membre des Brigades rouges (Fabrizio Bentivoglio), au demeurant alpiniste aguerri, qui a fait ses dix ans de prison et est resté loyal à sa cause de jeunesse, et un juge d'instruction (Swann Arlaud), qui n'a pas connu l'époque (les années de plomb que l'ex-brigadiste préfère appeler "années de cuivre"), parce que trop jeune, en plus d'être français, et qui, circonstances aggravantes, ne connaît rien non plus à la montagne. Le premier est accusé par le second d'avoir assassiné, au décours d'une randonnée, celui qu'il suivait (ou qui le précédait), en le précipitant dans le vide, après l'avoir rejoint sur le passage le plus escarpé du sentier et ce, parce que les deux hommes en fait se connaissaient, qu'ils avaient été très amis, depuis l'enfance et au sein des Brigades rouges, mais que la victime avait trahi(e)s, lui et ses compagnons, en les dénonçant à la police en échange de l'immunité. Soit, pour le juge, l'impossible que serait la présence purement fortuite des deux hommes, à cet endroit-là, à ce moment-là, comme le prétend l'accusé qui n'aurait fait que découvrir l'accident et donner l'alerte. Si le film souffre un peu de sa transposition du côté-ci des Alpes (le roman se passait dans les Dolomites), de dialogues par moments trop théoriques (imputables, je pense, à De Luca, rendant certains passages démonstratifs) et d'un épilogue (absent du roman) pas franchement convaincant, voire inutile, le film n'en demeure pas moins passionnant à suivre. Par la tension ainsi créée entre les deux personnages, le contraste entre le huis-clos et les échappées en montagne, mais surtout par le fait que l'impossible, que représente en termes de hasard la situation de départ, se double assez vite d'un autre impossible, qui est celui de la vérité, quant à savoir si l'accusé ment ou non (il doit y avoir autant d'éléments qui l'accusent que d'éléments qui l'innocentent), une vérité impossible à établir dans le cadre de la procédure judiciaire, d'autant que s'y greffe, mieux, vient la recouvrir, une autre vérité: celle de la montagne et de ses règles... D'où l'aspect "vertigineux" du récit (à l'image de la vire du Grand Ferrand), qui confine à l'abstraction (chacun figurant une idée radicalement différente de la justice), par son côté dépassionné, âpre (à l'image de l'accent de Bentivoglio), presque minéral, rappelant les derniers Fritz Lang. Plus encore que l'invraisemblable vérité, l'impossible vérité.

  Impossible d'Emmanuel Finkiel (2026).