1er juillet
Top 2026 à mi-parcours:
1. Ella McCay, James L. Brooks
2. Ginza Cosmetics, Mikio Naruse, 1951
3. Todas las canciones hablan de mí, Jonás Trueba, 2010, inédit
4. Le Journal d'une femme de chambre, Radu Jude
5. Tokyo Drifter, Seijun Suzuki, 1966
6. The Mastermind, Kelly Reichardt
7. Merci d'être venu, Alain Cavalier
8. Disclosure Day, Steven Spielberg
9. Los ilusos, Jonás Trueba, 2013-2026, inédit
10. Jim Queen, Marco Nguyen et Nicolas Athané
— Le Vertige, Quentin Dupieux
Puis: La Corde au cou (Dead Man's Wire) (Gus Van Sant) — Autofiction (Pedro Almodóvar) — Pillion (Harry Lighton) — Bait (Mark Jenkin) — The Christophers (Steven Soderbergh)...
2 juillet
Revu eXistenZ — "Dégueu, absurde et grotesque", c'est dit dans le film, qui serait encore "pire" qu'eXistenZ (le jeu), si on considère qu'on est en fait dans transCendenZ, un autre jeu qui englobe tout le film. C'est Videodrome quinze ans plus tard, et même cinquante, enfin presque (ça se passe en 2030), avec encore plus d'hybridation (corps/technologie, réel/virtuel), plus de "répugnance" (au sens premier de "choses incompatibles"), plus d'angoisse, plus de jouissance (ça vient également après Crash), sachant que si c'est "isten" (Dieu en hongrois) qui, dans le titre, se trouve coincé entre le X et le Z, c'est "enden" (la Fin en norvégien) qui l'est entre le C et le Z de transCendenZ. Soit pour Cronenberg la fin d'un cycle, expliquant que son film suivant soit Spider (Beckett), l'araignée (à la place de l'amphibien à deux têtes, mélange de grenouille de salamandre et de lézard) comme figure d'une transcendance impossible.
5 juillet
Revu Ventura — je préfère le titre original: Cavalo Dinheiro = "Cheval d'argent" — c'est beau, c'est fort, mais aussi très dur, comme toujours chez Pedro Costa, qui voit le film, entièrement nocturne, avancer d'un pas lourd et lent dans ce qui ressemble à un sous-monde sans issue, que seules quelques raies de lumière viennent éclairer. Ventura se veut une épreuve pour celui qui le regarde — le film est littéralement éprouvant —, touchant à "l'insupportable", au sens où l'entendait Costa dans un texte écrit il y a longtemps sur le film de Hawks, la Terre des Pharaons, et tout particulièrement le plan où la reine Nailla se sacrifie pour sauver son jeune fils menacé par un cobra... ce que Costa traduisait par ces mots: "Il doit exister une limite au-delà de laquelle l’image statique, frontale, ascétique devient insupportable, et cette trace invisible, cette blessure, jamais nous ne pourrons cesser de la voir." Ne pouvoir cesser de voir l'insupportable, c'est ce à quoi s'attache depuis le début le cinéma de Pedro Costa. Pour qui accepte le principe, l'expérience, si éprouvante soit-elle (certains s'endorment, autre façon — plus confortable — d'éprouver le film), a quelque chose d'unique, à la fois implacable et terriblement humain.
18 juillet
Paraphrasant le bon mot de Pierre Dac ("je préfère le vin d'ici à l'eau de là"), tout en l'inversant (principe nolanien), je dirais pour ma part que je préfère une discutable "Odyssée" (sans eau de mer) au soi-disant "vain Nolan" (que dénoncent les apôtres d'Homère).
19 juillet
S'il y a de l'humour dans l'Odyssée de Nolan, il est à chercher dans le casting improbable des rôles secondaires. Ainsi celui de Sinon, joué par E. Page, "acteur" non binaire, autrefois Ellen (comme Hélène) — qui joua Héra, euh pardon, Juno dans le film de Reitman — et par la suite Elliott (comme Helias), l'interprète d'Ariadne, aux prises avec les multiples niveaux de rêves, dans Inception. Rappelons que Sinon (allios en grec), qui n'apparaît pas chez Homère mais dans l'Énéide de Virgile, est l'espion grec qui se fit passer pour un "trans" (transfuge) pour tromper les Troyens, via le stratagème du cheval en bois.
20 juillet
21 juillet
Joie de l'obsolescence. Revu le premier Mission: Impossible, celui de Brian De Palma (1996), où tout se joue sur des disquettes.
22 juillet
L'Aventure rêvée de Valeska Grisebach, c'est un peu l'anti-Odyssée de Christopher Nolan, déjà au niveau du titre où pointe une belle ironie (comme pour Western, son précédent film), mais surtout dans sa manière de "fouiller" (l'héroïne, double manifeste de Grisebach, est archéologue et assimilée à une fouille-merde par les petits bras de la pègre locale, parce que se mêlant de leurs petites histoires, minables, de trafic d'essence)... de fouiller, disais-je, les recoins d'un genre (le film de gangsters après donc le western), dans un geste éminemment politique, concernant la Bulgarie post-communiste, une Bulgarie ici rurale (ça se passe à Svilengrad, près de la frontière turque), appauvrie et rongée par la corruption (on pense à Jia sans le travail sur les formes, ou encore à Jude sans la dimension satirique) et le masculinisme crasse de ses hommes, dont a fini par s'extraire Said (un Pomak), l'autre héros du film, personnage laconique au beau visage buriné (à la Bronson), jusqu'à s'extraire lui-même du film (il ne reviendra qu'à la fin), ce qui donne également un côté antonionien à "l'aventure" — l'Aventure rêvée peut être vu comme un remake caché et inversé de L'avventura.
D'où l'aspect anti-spectaculaire, ce qui ne veut pas dire sans mise en scène, comme s'en inquiètent certains parce qu'ils auraient voulu que le film soit du Scorsese bulgare quand bien même il est écrit au féminin... alors que la mise en scène est là tout du long, discrète mais bien là, et ce dès le début (cf. le générique sublime qui ouvre le film avec ces petits mouvements de caméra qui "fouillent" le plan, telle une traque, pour saisir, derrière le pare-brise de la vieille Passat en panne, et masqué par le capot ouvert du véhicule, le chauffeur qui n'est autre que Said, appelé à disparaître par la suite).
J'évoquais à propos du cinéma d'Alex Garland, la "masculinité performative", quand un film se veut féministe davantage qu'il ne l'est, se révélant plus ostentatoire et pataud que convaincant par cette façon chez le réalisateur d'imposer une lecture féministe de son film. Ce qu'on retrouve chez Nolan, certes à un degré moindre — ne mélangeons pas les torchons et les serviettes —, tant le cinéma de Nolan, malgré tous ses défauts, est d'une taille largement au-dessus de celui de Garland. Mais bon, voilà... l'Aventure rêvée c'est ça, à durée quasi égale (160 minutes qui pour le coup se justifient), une anti-épopée, qui voit une femme, de retour des années plus tard dans sa ville d'origine, évoquer le passé, tout en réglant ses comptes, avec ceux pour l'essentiel mafieux (à ce niveau ils n'ont pas changé) qu'elle côtoyait, fréquentait, subissait, à une époque qui est celle, vu leur âge, de la fin du communisme. C'est beau, c'est long, c'est beau aussi parce que c'est long, c'est surtout sans fioritures, sans une once de gras, et la fin, d'une extrême douceur, récompense par l'émotion qui s'en dégage le spectateur attentif qui aura su percevoir tous les petits secrets que ce film-poucet avait, mine de rien, parsemés en chemin.
30 juillet