Todas las canciones hablan de mí de Jonás Trueba (2010).
NB. La photo n'est pas extraite du film mais d'une émission de la télévision espagnole. La composition éclatée de l'image, qui entremêle deux plans (un champ-contrechamp) sur les visages de Ramiro (Oriol Vila) et Andrea (Bárbara Lennie), les deux protagonistes — écho manifeste à Persona de Bergman —, est trompeuse car le film n'a rien de bergmanien, même s'il traite d'une rupture amoureuse. Todas las canciones hablan de mí est accessible là (en vo sous-titrée en anglais) pour ceux qui ne pourront assister à la rétrospective "Jonás Trueba: Le goût du présent", actuellement programmée par le Centre Pompidou (cf. l'entretien du cinéaste).
Lastra avec un A.
Toutes les lettres d'amour sontRidicules.Ce ne seraient pas des lettres d'amourSi elles n'étaient pasRidicules.
Álvaro de Campos(un des hétéronymes de Fernando Pessoa)
Il y a quelque chose de paradoxal dans Todas las canciones hablan de mí, film qui se trouve être le premier long métrage de Jonás Trueba en même temps qu'il se révèle déjà incroyablement accompli (comme si quatre ou cinq l'avaient précédé), y déclinant les grands motifs des films à venir (des histoires de couples, de séparations, de retrouvailles... le portrait d'une certaine jeunesse et de ses tourments... ainsi que de Madrid — personnage à part entière — avec ses quartiers de prédilection), affichant d'entrée, au niveau du style, ce qui va caractériser le cinéma de Jonás Trueba: l'élégance de l'écriture (p. ex. sa façon ici d'intégrer la voix off — celle du cinéaste? — dans le cours du récit), une vraie science du cadre et de la composition, que ce soit pour filmer et éclairer des intérieurs (appartements, bars, cafés...) que pour faire respirer son film, via cette manière de nous faire "visiter" Madrid, le Madrid qu'il aime (côté ouest, avec ses belvédères et ses petites rues en pente), la fluidité du montage qui privilégie l'intensité, c'est-à-dire le présent, des scènes enregistrées... Comme si dans ce premier film tout y était consommé... à l'instar des premiers poèmes de Ramiro qui, aux dires de Raquel, une des filles qu'il va rencontrer (et avec qui il couchera), ont cette évidence, cette "transparence", des premières œuvres, ces œuvres à l'innocence non feinte (il y est toujours question d'amour et de sexe), non pas que les suivantes soient dépourvues de toute innocence, mais qu'elles perdent inévitablement celle de la "première fois". C'est certainement ce qui a poussé Jonás Trueba, à partir de son deuxième film (Los ilusos, dont une nouvelle version "13 + 13" — 2013 + 13 = 2026 — sera projetée lors de la rétrospective), fort de l'expérience du premier et des contraintes imposées par le producteur (1), à changer de système, à créer avec Javier Lafuente sa propre société de production (du même nom que le film) qui par la suite produira l'ensemble de ses films, en toute indépendance, avec la même équipe technique, les mêmes acteurs et actrices, marquant, là aussi paradoxalement par rapport à Todas las canciones..., à la fois une continuité, celle des thèmes abordés, et une rupture, par son caractère éminemment collectif, et surtout l'ère nouvelle qui s'ouvrait dans l'industrie du cinéma (la sortie de la crise économique, de celle du moins de 2008, le passage au numérique etc.). Autant d'éléments qui se voulaient à rebours du premier film et du sentiment d'adieu (à un certain cinéma) dont il était empreint. Bref, recréer une nouvelle "première fois", sans la mélancolie, avec au contraire une innocence nouvelle, de celle de Los ilusos ("les illusionnés"), quant à la manière de faire un film.
Reste que la première "première fois", la vraie première fois, demeure Todas las canciones hablan de mí, et qu'à ce titre le film a un caractère unique. Unique et, comme toute chose unique, qui se prête à la répétition (le reste de la filmographie appelée ainsi à répéter sous d'autres angles les mêmes motifs). Le film s'appuie sur une construction très littéraire (outre la voix off, sept courts chapitres d'une durée sensiblement égale), la littérature comme assise narrative, à l'image de cette librairie pour le moins encombrée où travaille Ramiro (le "poète de rue attardé" comme il se décrit) et qui existe réellement (c'est une librairie d'occasion située dans le quartier de La Latina), dont les rayonnages ouvrent le film (clin d'œil possible à Truffaut, de même que la visite à la fin d'une imprimerie où sont produits les exemplaires d'un livre sur... Keaton, ce qui, si on y ajoute les balades dans Madrid, confère dès le premier film cette touche truffaldo-rohmérienne qui accompagnera les suivants. Et puis la littérature avec ses référents (Jonás Trueba est un grand lecteur): Kundera et la nostalgie, évoquée ici sous la forme d'un paradoxe mathématique (la nostalgie beaucoup plus forte durant la jeunesse du fait que l'expérience y résonne encore faiblement); Pessoa et les lettres d'amour (dont le ridicule n'égale pas celui de n'en avoir jamais écrites); Carmen Martín Gaite et le "jeu" dans l'amour (dont la gravité peut vous marquer toute la vie); ou encore Alejandra Pizarnik et la mélancolie (cf. son poème "Fugue en lilas")... Des références que Trueba glisse à la surface de son film, sans jamais s'y appesantir (2), en accord avec la ligne du récit, sa temporalité bouleversée (entre ressouvenir et reprise au sens kierkegaardien) et pourtant facile à suivre, qui va d'une lettre d'adieu (celle d'Andrea à Ramiro, récitée in extenso par l'actrice, face caméra) après six ans de vie commune, à une lettre d'amour (celle de Ramiro à Andrea, qu'il lui remet, dans le jardin de las Vistillas où ils aimaient se promener, lui expliquant que c'est seulement ici et maintenant, soit plusieurs mois après leur séparation, qu'il peut vraiment lui dire à quel point il l'aime). La littérature, via aussi les cours de philologie ou simplement l'espagnol que Ramiro envisage d'enseigner au Canada (sans le désirer vraiment), en réponse aux études d'architecture d'Andrea, cette architecture qui la passionne si fort qu'elle ne parlait plus que de ça à la fin, signe de l'usure d'un couple qui, comme il est dit dans le film, aurait atteint sa "date d'expiration". Ce qui ne veut pas dire que la rupture, bien que douce, se fasse sans douleur, surtout si on applique la théorie fumeuse énoncée par un des amis de Ramiro comme quoi, après une rupture, il faut la moitié du temps qu'a duré la relation pour s'en remettre... Pour autant, une rupture qui ne saurait être totale, un lien si tenu soit-il demeurant (symbolisé par le petit camping-car blanc de Ramiro resté chez Andrea), permettant toujours de croire à d'hypothétiques retrouvailles, même si la vie passée ne pourra jamais revenir telle qu'elle était.
C'est sur cette base littéraire, linéaire, qui épouse le point de vue de Ramiro (le point de vue masculin du film) (3), que se dressent les figures "architecturales" que représente de son côté Andrea, et qui font de Todas las canciones... une partition musicale, d'autant plus musicale qu'elle se trouve redoublée par la musique et les chansons évoquées par le titre. Une seconde ligne qui se superpose ainsi au récit, combinant le jazz, via la musique originale composée par le saxophoniste Perico Sambeat — agrémentée des touches élégiaques de Bill Evans — ainsi que les deux morceaux qui encadrent le film: les premières notes de Granadas (par le Bill Evans Trio) pour le générique d'ouverture; un extrait de Silence Is the Question (par The Bad Plus) pour le générique de fin... et entre les deux, ponctuant le récit, toutes ces chansons populaires dont on apprécie davantage l'écoute avec le temps (nostalgie oblige), ce qui vous permet de voir les choses différemment et même de les trouver meilleures: ainsi Pobrecitos mis recuerdos par Bola de Nieve, Crujidos par Nacho Vegas, La estaciòn de los amores par Franco Battiato, El vals de los besos par El Hijo ou encore Cada día par Elle Belga... autant de chansons qui résonnent entre elles.
Il est manifeste que derrière le personnage de Ramiro se cache (en partie) Jonás Trueba, moins du côté biographique, dont je ne sais rien, sinon que s'y manifeste un regard critique sur l'aspect velléitaire du personnage. Idem quant à l'infidélité, sur laquelle je ne m'avancerai pas davantage (le personnage semble par ailleurs attiré par les novias de ses amis), sauf à considérer l'infidélité du point de vue de la rupture (et non de la tromperie), tel que le formule Andrea dans sa lettre d'adieu du début, l'infidélité en tant que "trahison nécessaire", qui, en abandonnant la personne qu'on a aimée (et qu'on n'aime peut-être encore sans le savoir), ouvre un espace à la nouveauté, seul "acte d'optimisme" garantissant la foi en l'avenir, une philosophie qui n'est peut-être pas, ou n'est plus, celle du cinéaste, mais qui témoigne d'une génération: la sienne.
C'est donc plus du côté de l'art que s'établirait la correspondance entre le cinéaste et son personnage, les poèmes de Ramiro, rassemblés dans un premier recueil, faisant écho au film de Trueba en tant que premier long métrage. Et ce à travers ce que ces premières œuvres auraient de "transparentes", on l'a vu, manquant non pas de mystère (p. ex. ce plan récurrent où Ramiro essaie d'effacer avec l'ongle puis un cutter ce qu'on imagine être une trace du passé) mais d'un pouvoir plus grand de suggestion, ainsi que le fait remarquer l'étudiante-critique à Ramiro (4). Cette trop grande transparence est-elle un écueil dont il faudra se débarrasser, ou au contraire un bienfait, propre aux premières œuvres, et aux premiers amours (ce dont traitera La reconquista, à la nostalgie eustachienne), bienfait du coup difficile à préserver? Il y a là un choix à faire, dans l'art comme en amour, auquel correspond l'expression "soltando lastre" (titre du sixième chapitre), entre "larguer du lest" (pour atteindre à une plus grande transparence dans les sentiments) et "lâcher prise" (pour rompre avec toutes ces luttes intérieures qui vous épuisent). Sachant que Ramiro se nomme "Lastra" (avec un A) et qu'une faute de typo sur la couverture de son livre a renommé "Lastre". Erreur qui au final fait du personnage le vrai ballast du film, cette charge (d'amour) qui ne peut qu'émouvoir Andrea mais dont on ne saura pas si, tenant fébrilement la lettre entre les mains, elle y cède ou bien résiste.
(1) Jonás Trueba s'est vu ainsi obligé de recourir à des décors déjà construits pour les scènes d'intérieurs, expliquant l'exiguïté des "appartements" (il n'y a même pas la place pour la télévision!).
(2) Une légèreté que perdent quelque peu les derniers films (pour le coup moins transparents) de Jonás Trueba, surtout le dernier. Si Sloterdijk dans Tenéis que venir a verla (Venez voir) rend le film plus "cérébral", mais sans dommage car c'est le propos même du film (cf. infra, le texte en complément), les références dans Volveréis (Septembre sans attendre) se révèlent nettement plus appuyées, ainsi que je le pointais dans une note, gâchant (en partie seulement) le plaisir pris par ailleurs à suivre l'histoire de ce drôle de couple (dans la lignée des précédents):
Le film démarre idéalement — on se croirait dans Marriage Story de Baumbach — avec son petit couple truebaien, Itsaso Arana et Vito Sanz (j'adore l'actrice de même que l'acteur et son physique mi-Benigni mi-Montand), alias Ale et Alex... on voudrait que ça dure, que le film poursuive ainsi son parcours de termite, se rhizomise, dans la reprise et le dédoublement... avec comme horizon cette idée pour le moins incongrue chez Ale et Alex de fêter leur séparation, la séparation non pas en tant que fin mais comme renouveau, pour le couple ou pour chacun, pris séparément (toute la question, typique du cinéma de Trueba, est là). Bref, Kierkegaard (la reprise sans sa dimension religieuse), mais aussi Cavell (la poursuite du bonheur... via ou non la "comédie du remariage") agrémenté de Bergman (scènes de la vie conjugale, le couple Ullman/Bergman... il y a même un jeu de tarot bergmanien!), autant dire que Desplechin n'est pas loin non plus, on ajoutera Blake Edwards, Truffaut (la tombe) et là, ça devient plus lourd, voire pataud côté méta (le film qu'a réalisé Itsaso — alter ego féminin de Jonás — forme-t-il un cercle ou avance-t-il en ligne droite? hum...). Toutes ces citations (jusqu'à l'autocitation, Venez voir en particulier) tendent à "éléphantiser" le récit en même temps qu'elles infantilisent le spectateur, comme s'il fallait lui expliquer le film, comme si l'auteur nous livrait à la fois son film et son commentaire, la machine et son mode d'emploi.
(3) C'est que Jonás Trueba n'avait pas encore rencontré Itsaso Arana, son égérie, ce qui sera fait avec La reconquista — après Los ilusos et Los exiliados románticos qu'on peut voir là en version originale — puis ses autres films de fiction (je ne connais pas les documentaires) dont La virgen de agosto (Eva en août), qu'Itsaso Arana co-écrira en plus de l'interpréter (c'est par ailleurs le seul film de Trueba où est adopté un point de vue exclusivement féminin).
(4) Sur la question de la "transparence", je pense au passage avec Irene que Ramiro retrouve dans le même café, à la même place où se tenait Andrea au début du film, celle-ci s'imposant si fortement au souvenir de Ramiro que le cinéaste la rend physiquement présente aux côtés des deux personnages. On avait compris qu'Andrea obsédait les pensées de Ramiro, de sorte qu'à travers toutes ces filles — trois au total — avec qui il finit par coucher, c'est, outre le manque, l'image de l'aimée qui à chaque fois se trouvait ravivée. Ça c'est la transparence. En soulignant (ou surlignant, comme on veut) par un effet de style ce qui est pourtant suffisamment clair pour le spectateur, Trueba ne procède pas à un "surplus" de transparence, qui reste la même, mais il l'encadre, pour mieux faire ressortir l'idée.
Complément: sur Venez voir (2022), un texte écrit à la sortie du film.
Les trois impératifs.
Et pour commencer, un mot sur le titre français du film. Le titre original étant Tenéis que venir a verla, littéralement "Il faut venir la voir", pourquoi c'est devenu "Venez voir" et non "Venez la voir"? Eh bien, parce que le titre renvoie non seulement à l'invitation lancée par le couple parti à la campagne (enfin, en banlieue) au couple resté, lui, à Madrid, les premiers insistant pour que les seconds viennent voir/découvrir leur nouvelle maison ("casa"), leur nouvelle vie ("vida")... mais aussi à l'invitation que, jouant avec le titre, Trueba adresse au spectateur: "tenéis que venir a ver... la película. Sauf qu'en français "la" película devient "le" film, autrement dit masculin, et qu'on ne peut plus dire de façon générale: "Venez la voir". Exit le genre, si on veut que le titre évoque la maison, la vie et le film, il ne reste plus qu'à dire: "Venez voir". CQFD.
L'important dans l'histoire c'est justement la correspondance que Jonás Trueba, en bon truffaldien, établit entre la vie et le cinéma, ce qui explique l'épilogue ("le film dans le film") qui sur le moment peut faire tiquer (ça rompt avec le charme de tout ce qui a précédé), mais qui, à bien réfléchir, n'est pas sans cohérence. On pourrait n'y voir qu'un stratagème pour rajouter quelques minutes au film et ainsi, en dépassant l'heure minimale, lui permettre de passer du statut de moyen métrage à celui de long métrage... Mais non, cet épilogue, pour le moins ingrat, vient en complément du passage où Itsaso Arana parle du livre de Sloterdijk (Tu dois changer ta vie), et de son concept de "co-immunisme" qui impose à chacun de se développer pour que la présence de tous ceux qui composent notre monde s'intègre à sa réflexion. L'épilogue en est comme la représentation à petite échelle, celle d'un tournage, où l'on voit les acteurs et l'équipe technique "coexister" dans le même plan.
Bon, j'ai commencé par le titre puis la fin... revenons au début. Venez voir est un film de la pandémie, plus précisément de l'après-confinement, et à ce titre c'est une chronique de l'intime — il est au format 4/3 — qui n'est pas sans faire écho au Journal de Tuoâ de Miguel Gomes et Maureen Fazendeiro. Mais surtout, il s'inscrit dans le prolongement des précédents films de Trueba dont il constitue une sorte de contrepoint: sur le fond avec Eva en août (La virgen de agosto), co-écrit avec Itsaso Arana (y était déjà présente l'opposition entre rester et quitter Madrid); sur la forme avec Qui à part nous (Quién lo impide), que je n'ai pas vu (cinq ans de tournage pour un film de 3h40 vs. huit jours de tournage pour Venez voir qui ne dure que soixante-quatre minutes).
C'est aussi un film d'écoute, l'écoute pour retisser un lien entre deux couples d'amis que la pandémie avait éloignés, sans qu'on sache exactement si ladite pandémie a réellement éloigné des gens qui étaient très proches ou si, dans le fond, elle n'a fait que révéler le caractère illusoire du lien qui existait entre des gens qui n'étaient pas si proches... C'est l'écoute partagée d'un récital de piano (Chano Domínguez) — l'ouverture de la première partie, très belle, très attentive, sur les visages des quatre comédiens que Trueba filme l'un après l'autre — dans un café de Madrid où les deux couples se retrouvent un soir d'hiver après plus d'un an sans s'être vus; c'est encore l'écoute partagée de leur histoire durant cette longue année d'éloignement: une nouvelle vie, donc, pour les uns (loin de la grande ville, proche de la nature, un bébé en route); un certain train-train pour les autres, bien décidés à ne pas (jamais?) quitter Madrid: l'homme, un artiste, dira non sans ironie aimer les immeubles, même moches, l'asphalte, les ronds-points, les poteaux, les poubelles... Et puis l'invitation des uns à "venir (les) voir", la promesse des autres d'y répondre. Ce qui arrivera, six mois plus tard, au printemps, seconde partie du film.
Venez voir est construit sur trois impératifs. Celui de la première partie: "Tenéis que venir a verla", "Il faut venir (la) voir" (notre nouvelle vie); celui qui assure la transition entre les deux parties: Let's Move to the Country ("Partons à la campagne"), la chanson de Bill Callahan accompagnant le déplacement en train; et celui énoncé dès la première partie mais qui ne prend toute sa signification que dans la seconde: "Tu dois changer ta vie", le livre de Sloterdijk qu'a lu entièrement Itsaso/Elena (elle s'est accrochée) et dont elle commente certains passages lors du repas. Ces trois impératifs ne se superposent pas, mais se déclinent en douceur pour finir par s'agglutiner, après l'euphorie de la partie de ping-pong, lors de la balade bucolique qui clôt la journée, séquence aux accents rohmériens (le personnage de Su avec son chapeau a un faux air de Marie Rivière), comme le reste du film d'ailleurs. Partir, voir, changer... et ainsi de suite pourrait-on dire, qui fait que le film déborde assez vite de son cadre purement "pandémique" pour atteindre quelque chose de beaucoup plus vaste — et que cela passe par un récit filiforme, sans gras narratif, le rend encore plus beau —, quelque chose que pour ma part je comparerais volontiers à un morceau de jazz. Il n'est pas anodin que Venez voir (et pour le coup "écouter") débute et se termine par la même musique ("Limbo" de Chano Domínguez, composé durant le confinement et que le pianiste, au début du film, interprète live au Café Central de Madrid) et qu'entre-temps on y entend le splendide Winter Always Turns to Spring de Bill Frasell. Oui, "l'hiver se transforme toujours en printemps". C'est l'éternel retour qui condamne à toujours "revenir", mais chaque fois différent. A quoi pense à la fin Itsaso Arana, en train de faire pipi, cachée dans les herbes? A sa vie probablement. Qu'elle doit changer?










