Disclosure Day de Steven Spielberg (2026).
Le point de fuite.
Le nouveau Spielberg est un grand Spielberg, peut-être pas le plus grand qui, sur la question des extraterrestres, reste à mes yeux la Guerre des mondes, film soit dit en passant le plus sombre et anxiogène qu'ait jamais réalisé Spielberg. Si Disclosure Day fait évidemment écho à Rencontres du troisième type, mais aussi par endroits à A.I. et Minority Report, sa base fictionnelle demeure le fameux UFOs: Past, Présent, and Future de Ray Rivas (1974) — rebaptisé UFOs: It Has Begun — qui relatait les nombreux cas d'observations d'ovnis recueillies dans les années 50 et 60 et tenues secrètes par le gouvernement américain, un film commenté entre autres par Rod Sterling (The Twilight Zone) qui, s'il s'inspirait au début de la série Les Envahisseurs (le générique), inspira en retour Rencontres du troisième type dans sa dernière partie. La force première de Disclosure Day est sa structure dédoublée en deux histoires parallèles (deux droites appelées à se rencontrer — comme dans la géométrie riemannienne, normal c'est de la SF — pour mieux foncer ensemble vers cette révélation tant attendue qui marque la fin du film): l'histoire de Margaret (Emily Blunt) et celle de Daniel (Josh O'Connor), les deux "élu-e-s": Margaret, présentatrice météo sur la chaîne KCEX, pour transmettre le jour venu la "parole" des extraterrestres, émise sous forme d'équations et traduite par Daniel, mathématicien expert en cybersécurité. Il y a là une dimension biblique (présente d'ailleurs dans UFOs) qui traverse le film de bout en bout, ce qui chez Spielberg n'a rien d'étonnant et d'autant moins que Disclosure Day vient après The Fabelmans. On ne s'y attardera pas, tant l'évidence est grande, sinon pour rappeler, outre le rôle de "messie" de Margaret, les dissidents de Wardex pilotés par Hugo (au nombre de douze comme les apôtres), contre le directeur de l'organisation (le vilain Scanlon, joué par Colin Firth), et bien sûr le personnage de Daniel (en référence au prophète) qui avec Margaret eut dans l'enfance la vision/visite d'extraterrestres sous la forme — disneyienne — d'animaux (l'anthropomorphisme spielbergien fonctionne aussi avec les aliens): un cerf, un renard, un raton laveur et le cardinal rouge par lequel Margaret (dont le prénom, symbole de pureté, accentue la référence à Blanche-Neige) entrera de nouveau en contact avec les extraterrestres.
La direction que suit le film, à la fois linéaire et "confluente" (cf. sur l'idée de "convergence" l'excellent texte de Josué Morel), serait ainsi celle d'un point de fuite, comme en peinture, faisant de Disclosure Day une véritable mise en perspective du cinéma science-fictionnel de Spielberg. Qui partirait, comme souvent chez lui, du blockbuster classique, pour emprunter ensuite une voie davantage référentielle, ici depalmo-hitchcockienne (qui est aussi la voie de David Koepp), de Snake Eyes à Mission: Impossible et la séquence du train, point d'orgue du film (pour ce qui est de l'action), se raccordant à Hitchcock, via North by Northwest (comme dans Rencontres... et le clin d'œil à la scène sur le mont Rushmore) — Disclosure Day apparaît à ce titre, par la dimension jouissive que revêt la construction du film, laquelle nous mène de la Virginie Occidentale au Missouri (Kansas City), comme le North by Northwest de Spielberg — pour finir (c'est le point de fuite) dans du pur Spielberg. Sachant que le point de fuite est le point sur lequel se porte le regard (central chez Spielberg, je n'insiste pas), expliquant que, une fois ce point de fuite "atteint" (métaphoriquement), le regard ayant rempli sa mission, il ne reste plus qu'à écouter ("listen..."), ce qui ne relève plus du film dans la mesure où ce qui devait être révélé l'a déjà été (avec, hélas, sa part de guimauve). Reste la question de la vérité, dont s'empare à bras-le-corps Spielberg, qui ferait de la trajectoire du film non seulement celle du ludus (le jeu), rapprochant Spielberg de cinéastes comme Hitchcock et De Palma, mais plus spécifiquement, à travers le personnage de Daniel, celle du lanceur d'alerte, ce qui rapprocherait aussi Spielberg/Daniel de figures comme Assange et Snowden... et plus encore Daniel Ellsberg (cf. Pentagon Papers auquel renvoie également le film, le prénom Daniel venant aussi de là). A la différence toutefois que ce qui intéresse Spielberg est moins le contenu de ce qui nous est révélé que le parcours complexe et tortueux pour y accéder. S'il cède à l'impératif de la représentation, fidèle en cela à son désir inentamable de croyance, qui le conduit à représenter in fine un vieil E.T. rescapé, on l'imagine, de Roswell comme d'un camp nazi (à la fois de concentration et d'expérimentation), c'est bien de croyance dans les pouvoirs du cinéma dont il s'agit — ce qui l'anime depuis l'enfance — et non bien sûr de la croyance à une vie extraterrestre sur Terre, et encore moins cachée par les gouvernements successifs (qui affilierait de façon erronée Disclosure Day aux théories complotistes).
En redessinant les grands motifs de ses précédents films de science-fiction, nourri de ce qui a depuis évolué, via notamment Pentagon Papers et The Fabelmans, Spielberg nous offre moins l'aboutissement d'une œuvre qu'une sorte de regard rétrospectif, à 79 ans (comme le temps qui le sépare de Roswell, à l'image du vieil alien), sur des objets filmiques (eux bien identifiés), armé qu'il se trouve de sa propre "commande" (device) pour plonger ainsi dans le passé futuriste de son cinéma. C'est en cela aussi que Disclosure Day nous touche.











