Le vertige de Quentin Dupieux (2026).
Le saut dans le vide.
Ah Le vertige de Dupieux... vertige écrit avec un v minuscule et la police Verdana, parce que c'est un film miniature et parfaitement lisible (ce qui caractérise la police en question, idéale pour le web)... Le film est une "petite chose", dans l'esprit des films de Dupieux, mieux: à l'intérieur même du cinéma de Dupieux, ce qui en fait probablement le film le plus arte povera de son auteur, du pur cinéma "fait-main", appliqué ici à l'animation (dans le style des jeux sur PlayStation 2, en plus vestigial encore) et sur le thème de la simulation, le monde réel qui serait en réalité totalement virtuel (comme dans Matrix, cité dans le film, en fait plus en rapport avec le Simulacron 3 de Galouye que Fassbinder avait génialement adapté pour la télévision). Sauf que, se trouvant chez Dupieux, un tel monde ne peut être que troué d'aberrations (j'ai oublié la formule exacte utilisée dans le film), bref de bugs. Chabat en a listé 265 dont le premier, un oiseau qui ne vole pas bien haut et fait du surplace, servira aux anti-Dupieux pour définir ce nouveau film (après avoir hésité avec l'au-delà du miroir derrière lequel il n'y aurait "rien" évidemment — je ne reviens pas sur la question, riche, du rien chez Dupieux).
Le vertige, donc, comme une forme matricielle de Réalité, quant à la question de la simulation (inutile d'insister, c'est la part lisible, "Verdana", du film, écho à l'angoisse existentielle qui sous-tend toute l'œuvre de Dupieux, que l'angoisse touche à la solitude foncière, l'absence de sens ou la finitude), et selon une esthétique qui, pour moi, le rapproche de la série Dumbland de Lynch (ces petits films dessinés grossièrement à la souris d'ordinateur); quant aux autres thématiques (là aussi "Verdana"), bien dans l'air du temps (le complotisme, la famille, les arnaques industrielles...), que le cinéaste survole à raison, à basse altitude (comme l'oizo du film), eh bien, pas grand-chose à en dire non plus (puisque dans l'air du temps) pour, au final, retenir essentiellement deux choses de cette petite chose: 1) l'attelage réussi que forment les voix de Jonathan Cohen et Alain Chabat, qui font du film, au-delà de son animation zéro ainsi assumée, une petite pièce radiophonique (on ajoutera Anaïs Demoustier par qui passe le goût bien connu de l'auteur de Wrong pour le superlatif, ici "l'accouchement le plus rapide de l'Histoire", plus rapide encore que dans Old de MNS), marquant par-là le désir toujours fort de l'expérimentation chez Dupieux (symboliquement représenté par l'apparition rapide de son Flat Eric); 2) le twist volontiers bidon qui conclut le film et dont je ne dirai rien (décidément), sinon que le "vertige" annoncé débouche sur une sorte de saut dans le vide... d'autant que cela se passe sur un toit d'immeuble, sauf qu'en termes de fiction, c'est plutôt à un saut du premier étage, sinon du rez-de-chaussée, que l'on assiste. Sacré Dupieux!

