
Marty Supreme de Josh Safdie (2025).
C'est l'histoire d'un mensch...
Disons-le tout de go, Marty Supreme n'est pas très bon, et même assez pénible par moments (l'histoire interminable du chien avec Ferrara, en fait, toute la partie depuis la scène de la baignoire jusqu'à celle de la fusillade, en passant par la séquence de l'arnaque dans le bowling et toutes ces scènes "obligées", comme celle de la course dans la rue), film d'autant plus pénible à suivre que c'est filmé et monté speed & close-up, c'est-à-dire avec les pieds (on dit aussi "moderne"). A vrai dire, le film vaut surtout par l'humour que Safdie y distille, hélas de façon très inégale. Ainsi — c'est le meilleur moment du film, presque scorsesien (sauf qu'il faut attendre deux heures avant qu'il arrive) — quand Marty (Timothée Chalamet) reçoit sa fessée, cul à l'air, une fessée bien méritée tant le personnage, qui se reconnaît lui-même comme arrogant (overconfident), n'a rien de sympathique... et délivrée, le comique est là, avec une raquette de ping-pong aux deux côtés distincts (bois et mousse). On trouvera également marrant (outre le fait que tout le monde ou presque porte des lunettes dans le film) l'histoire de la balle blanche impossible à distinguer sur un maillot blanc, ou l'idée publicitaire d'associer les stylos Rockwell à la "prise porte-plume"; et puis, bien sûr, ce qui relève de l'humour juif (que ce soit sur la Shoah ou sur Hiroshima, contrebalancé par la "séquence du miel" — étonnante incise dans le récit — que raconte l'ami de Marty, l'ancien champion rescapé d'Auschwitz), mais bon, n'est pas Romain Gary qui veut... sans oublier, même si c'est très couillon, le générique d'ouverture qui voit, pendant que Marty et sa copine s'envoient en l'air dans la réserve à chaussures, un spermatozoïde (l'Elu, lol) féconder un ovule, l'œuf se transformant ensuite en balle de ping-pong! Ha ha. Parce que le film, eh oui, est une histoire de sphères... d'un côté, la petite balle en celluloïd avec laquelle Marty "jongle" avec génie (les scènes de ping-pong, bien qu'exagérées, sont plutôt distrayantes); de l'autre, le gros ventre de la copine qui, dans le prolongement du générique, s'est retrouvée enceinte... ou encore: l'ambition no limit de Marty, celle de devenir le meilleur joueur de tennis de table du monde, en plus de se venger du Japonais qui avec sa raquette double face l'a humilié vs. l'immaturité de "petit garçon" qui tout le long du film accompagne le personnage (ce qui lui vaut la fessée), jusqu'au dernier plan où il est appelé enfin à mûrir...
Marty Supreme c'est ça: deux heures et demi filmées côté "bois", sauf la dernière minute, côté "mousse". J'aurais pu dire beaucoup de pong et très peu de ping. De sorte que le personnage joué par Gwyneth Paltrow ne sert pas à grand-chose, et que l'histoire qui a servi de base au film, celle de Marty Reisman, le champion américain des années 50 qui toute sa vie a refusé de jouer autrement qu'avec une raquette en bois, eh bien se limite à donner à l'œuvre cet aspect rough, faussement rock, avec seulement les pips, c.-à-d. sans le côté "mousse", pourtant bien présent dans le film, mais évoluant en arrière-plan jusqu'à se révéler, après coup, comme le vrai sujet du film... sur lequel je ne m'attarderai pas, juste pour dire que la fin se passe dans une maternité, et que c'est là que Marty devient un... mensch. En tout cas, qui confère à Marty Supreme une dimension autobiographique, les années 50 qui servent de cadre au film renvoyant à la jeunesse des parents de Safdie, tout en se mêlant, via la BO, aux années 80 qui, elles, correspondent à son enfance. Un curieux mixte, se déroulant ainsi à toute berzingue (tel un match de ping-pong) et sous une forme comme toujours tape-à-l'œil chez Safdie (qu'il soit seul comme ici ou avec son frère Benny), la boursouflure se retrouvant au niveau des chansons, avec ces gros tubes eighties aux titres bien explicites: pour commencer: Forever Young d'Alphaville, pour finir: Everybody's Got to Learn Sometime des Korgis, et au milieu, bah: Everybody Wants to Rule the World et Change de Tears for Fears, combinés à des standards fifties (Fats Domino, The Jubalaires, Johnny Ace...).
Dans le film, il y a ce personnage de Rockwell qui, face à Marty en train de le baratiner, réplique: "I have the ability to smell bullshit from a mile away", le terme "bullshit" (connerie) étant traduit, je crois, par "esbroufe" ou "frimeur". Traduction approximative et pourtant "raccord" avec ce que dégage le film. Marty Supreme, tout drôle qu'il est, n'en demeure pas moins un film de frimeur, à l'esbroufe certes éclatante mais à la longue épuisante. La frime suprême.