1er janvier
Bonne année 2026, année Jerry Lewis — centenaire oblige — pour tous les cinéphiles du monde! Voir le prologue de Hollywood or Bust de Frank Tashlin.
9 janvier
De Béla Tarr (1955-2026) je n'ai vu que les Harmonies Werckmeister, son plus beau film dit-on — et c'est vrai qu'il est beau — avec Sátántangó.
Le gris du monde — "Les Harmonies Werckmeister de Béla Tarr est un de ces films qui poussent à avoir des yeux. Et à mesurer notre retard. C'est un grand film qu'on peut ne pas voir. C'est un beau film qu'on peut ne pas comprendre. Invisible et incompréhensible. Non que les formes en soient complexes ou le récit obscur, mais parce qu'il y a assez de zones de clairvoyance et d'obscurité pour que nous cherchions dans les passages de l'une et l'autre de quoi inventer notre propre déambulation, en négligeant la volonté de savoir ce que l'on a vu et entendu." (Corinne Rondeau, in Trafic, 2004)
10 janvier
Matrice —
En attendant le Sud... retour aux origines, comme toujours chez Erice, avec le sublimissime Alumbramiento, sur les premières minutes de vie d'un nouveau-né (c'est un des segments de la série Ten Minutes Older, 2002), au début de l'été 1940 dans une ferme du Pays basque espagnol, et par-là la naissance d'un regard qui n'est autre que celui de Víctor Erice, né le même jour à Karrantza, dans la province de Biscaye... au Nord donc.
13 janvier
L'étoile du Sud. Sur le Sud de Víctor Erice.
15 janvier
Un toast! Sur Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch.
18 janvier
Revu Tourments (Midareru, 1964) de Mikio Naruse et son finale bouleversant, l'une des plus belles fins de l'histoire du cinéma (là, à 1h35 sur la vidéo):
"Reiko [Hideko Takamine], veuve de guerre depuis quinze ans et jeune encore, se retrouve dans un village de montagne avec son beau-frère Koji, de douze ans son cadet. Il lui a appris au début du film qu’il l’aimait depuis longtemps. D’abord choquée, elle le tient à distance, le repousse, se laisse peu à peu gagner par le trouble et enfin par l’amour, hésitant sans cesse entre ce qu’elle éprouve pour le jeune homme et le souvenir de son mari, à quoi s’ajoute le poids omniprésent des convenances. A la fin, pendant le voyage qui la ramène définitivement dans le village de ses ancêtres et que le jeune homme a tenu à faire avec elle, Reiko, profitant d’une étape de montagne, lui demande de repartir. Koji, désespéré, s’enivre dans une auberge du village et s’enfonce en pleine nuit, titubant, dans un bois voisin. Le lendemain matin, Reiko voit de la fenêtre de sa chambre d’auberge un groupe de villageois qui ramène un corps sur un brancard. Elle identifie Koji à l’anneau qu’elle lui avait donné en signe d’adieu et qu’il porte à sa main droite dépassant du drap qui le recouvre. Elle se précipite hors de l’auberge, commence à courir derrière les villageois, la caméra l’accompagne puis la précède dans son mouvement, mais le cortège s’éloigne et disparaît au coin d’une ruelle. Reiko, soudainement, cesse de courir et reste immobile. Le film se clôt sur un gros plan de son visage sans expression.
Edward Yang [dans le texte qu'il avait écrit pour la rétrospective Naruse du festival de San Sebastian] décrit longuement ce passage, dit sa surprise et son admiration devant le brusque arrêt de la course de Reiko et la coupe qui survient sur le gros plan du visage. Il est vrai que le moment, dans sa brièveté, est saisissant. Un personnage se précipite puis met fin à sa poursuite sans qu’aucune décision consciente ait présidé à cet arrêt, son immobilité est comme un acquiescement au mouvement de la vie qui continue, lequel en cet instant se confond avec celui de la séparation, de le perte et de la mort. Edward Yang n’hésite pas à affirmer qu’au moment où il écrit son texte, en 1998, peu de cinéastes auraient été capables d’une telle audace. Pour qualifier cette fin émouvante de concision et littéralement de retenue, il emploie un mot qu’on n'attendait pas, celui de générosité, et pour définir le cinéma de Naruse, il conclut par la belle expression d’"invincible style invisible"... (Jean Narboni, Mikio Naruse, les temps incertains, 2006)
20 janvier
Carpita et le réel. Sur le Rendez-vous des quais de Paul Carpita.
22 janvier
Vu le Mage du Kremlin d'Assayas, film à la fois insipide (on se lève pas pour Dano) et risible (Jude Law, sourcils froncés, la lipe bien marquée), aux dialogues plaqués et affreusement édifiants, genre je vous raconte Poutine et la Russie post-soviétique en deux heures trente chrono, telle une mini-série passée dans le compresseur, où ne resterait que les moments-clés, moments parfaitement connus pour qui s'intéresse un peu à l'Histoire... ce qui n'est pas connu, bah relevant de la fiction et se révélant sans grand intérêt à l'image du personnage féminin. Quant à "l'homme de l'ombre" il est tellement dans l'ombre qu'on a du mal à saisir exactement son rôle, de sorte qu'à la fin, hormis les deux fameux concepts (sur "la verticalité du pouvoir" et "la démocratie souveraine") dont il serait l'auteur, il aura semblé davantage sous l'influence de Poutine que l'inverse.
PS. Et que dire du personnage (inventé) de Jeffrey Wright, le journaliste américain qui n'apporte jamais la contradiction à Baranov, se contentant d'émettre de timides objections, personnage qui n'est là en fait que pour relancer la narration. Il est incompréhensible qu'Assayas n'ait pas réactualisé le roman d'Empoli écrit en 2020... qui tienne compte davantage (à travers par exemple des échanges plus vifs entre Wright et Baranov) des crimes de Poutine, d'une possible guerre en Ukraine, etc. et ne se limite pas à la façon dont Poutine a conquis le pouvoir puis à son image de "tsar" tout puissant, qui le rend finalement plus fascinant que monstrueux. C'est comme si Assayas réalisait un film sur Trump — via les confessions d'un idéologue fictif inspiré de Steve Bannon —, s'arrêtant à l'assaut du Capitole, sans référence au Trump d'aujourd'hui, bien trop désinhibé.
24 janvier
Le masterfilm. Sur The Mastermind de Kelly Reichardt.
27 janvier
Todas las canciones hablan de mí de Jonás Trueba (2010). Son premier long métrage. Tout est déjà là. J'y reviendrai.

