février 05, 2026

Elle l'a ?


  Ella McCay de James L. Brooks (2025).

  "A force for good".

C'est Greta Gerwig qui dans Damsels in Distress, le film de Whit Stillman, affirmait "aimer les clichés et les lieux communs parce qu’ils sont souvent vrais". Cette manière de jouer avec les stéréotypes, pour en faire ressortir ce qu'ils ont de "vrais", au prix de détours, voire de contorsions scénaristiques, qui rendent la vérité pas si facile à atteindre — cf. la devise "juridique" qui ouvre Ella McCay: "Verum est difficile" — est une des marques de fabrique de James L. Brooks, comme de Whit Stillman et de leurs maîtres à tous les deux, Leo McCarey et Preston Sturges, qui savaient manier avec brio les ressorts de la rom com et de la screwball.

"Verum est difficile".

Cette devise orne le hall du Capitole de la ville où se passe le film, en l'occurrence Providence, Rhode Island, lieu de tournage de la majeure partie d'Ella McCay, sans que la ville ou l'Etat ne soit pour autant mentionné. Comme dans The Simpsons, la série de Matt Groening — produite au départ, faut-il le rappeler, par James L. Brooks —, le caractère fictif de la ville fait du lieu une sorte de "Springfield", aucun des éléments distillés dans le film ne permettant de la localiser avec certitude. (S'il est ainsi révélé vers la fin qu'elle se situe dans le "comté de Langton", il s'avère qu'un tel comté n'existe pas.) Tout au plus peut-on avancer concernant l'Etat que, Ella McCay se déroulant en 2008, en pleine récession économique, il pourrait s'agir, vu le credo politique d'Ella, d'un Etat démocrate (hypothèse n°1) dont on apprend par ailleurs qu'il est l'un des treize Etats qui à cette époque avaient légalisé le cannabis médical... soit, si on considère qu'il se trouve sur la côte Est (hypothèse n°2) et que ce n'est donc pas le Rhode Island... eh bien, le Maryland (hypothèse n°3). Realy?, oui "vraiment?" se demandera-t-on, vu le nombre d'hypothèses émises, ce qui me fait penser à l'épisode des Simpson où la petite tribu partie en voiture pour le Michigan était accueillie par le panneau: "Now entering Michigan. Really? You're sure about this?". Eh bien là c'est pareil, on répondra "pas vraiment"... not really, en écho à la réponse que donne 1) le père d'Ella à sa fille, quant à savoir s'il avait trompé son épouse (la mère décédée d'Ella) quand celle-ci était malade, puis 2) Ella à son père, quant à savoir si elle pourra un jour lui pardonner. La vérité non plus sur la toponymie du film, dont finalement on n'a que faire, mais sur ces "valeurs" typiquement brooksiennes que sont ici la sincérité et le pardon.
S'il est probable que le film de Brooks regorge ainsi de détails inspirés des Simpson, déjà par le fait que la série a débuté en 1990, année où commence, par un flashback, Ella McCay, on ne s'aventurera pas sur ce terrain... sauf à souligner le lien possible entre Ella McCay et, non seulement Lisa Simpson quand celle-ci, voyageant avec Bart dans le futur, devient présidente des Etats-Unis, succédant alors à... Donald Trump (prédiction géniale quand on sait qu'elle date de l'an 2000), mais surtout le personnage de Mary Bailey dans un autre épisode de la série, une gouverneure démocrate qui, comme Ella McCay, œuvre pour le bien commun, étant de surcroît soutenue par Marge Simpson, de la même façon que l'est Ella par Estelle sa fidèle secrétaire (en même temps que la narratrice du film), jouée qui plus est par Julie Kavner, la voix de Marge dans la version originale des Simpson. Cela étant, on pourrait tout aussi bien évoquer The Great McGinty de Preston Sturges, via le personnage idéaliste de la secrétaire-épouse du gouverneur (qui, lui, baigne dans la corruption), faisant d'Ella McCay, une sorte de "gouverneure malgré elle", pour paraphraser le titre français du film de Sturges; sachant de plus qu'il s'agit d'un des films préférés de Leo McCarey, lequel, dans la série télévisée Screen Directors Playhouse (Le Choix de...), s'en est inspiré, pour ce qui est du "métier" de gouverneur et des dessous de la politique, tout ça sous la forme d'un sitcom (avec rires pré-enregistrés): Meet the Governor, en français... bah "Gouverneur malgré lui" (1955), que nombre de spectateurs d'aujourd'hui trouveront forcément ringard, bien qu'il ne manque pas de sel, de ce sel qui rehausse les comédies de James L. Brooks, ce qui fait que ces mêmes spectateurs (j'y inclus une bonne partie de la critique) trouvent également ringards les films de Brooks et celui-là d'autant plus que c'est le film d'un vieux réalisateur de 85 ans, tourné quinze ans après le précédent (déjà considéré comme désuet), et qu'il sera probablement le dernier.

[Des Mc en veux-tu en voilà — Ella McCay, mais aussi Winsor McCay, l'un des pères de la BD américaine qui, au-delà de son génie formel, savait raconter, à l'instar de Brooks un siècle plus tard, la culture éminemment intégratrice des Etats-Unis — pensez à Spanglish... Leo McCarey, un des plus grands, donc, de la comédie américaine, pour ce qui est de la "vérité des sentiments", du burlesque au mélo, nonobstant le côté très réactionnaire, sinon trumpiste avant l'heure, de l'homme McCarey aux idées bien carrées... et bien sûr Emma Mackey, l'actrice, dont la quasi homonymie avec le personnage ne peut être fortuite. De sorte, et j'en finirai là avec les "faux secrets" du film, qu'on peut se demander si ce n'est pas parce que James L. Brooks a imaginé son film dans l'esprit d'un McCarey mais avec la "moralité" d'un Winsor McCay qu'il l'a intitulé Ella McCay, soit phonétiquement "Hello (anagramme de Leo) McCay" et que, fort de tout ça, il a choisi Emma Mackey pour l'interpréter. — How Do You Know?]

"Usus magister est optimus" (La pratique est le meilleur des maîtres).

La question de la vérité est donc au cœur du film, de cette vérité qui touche à la famille (les relations extra-conjugales d'Eddy, le père, l'amour intéressé de Ryan, le mari, l'anxiété sociale de Casey, le petit frère...), autant d'"emmerdes" pour Ella (dixit Estelle) auxquelles vient s'ajouter l'autre vérité, cette sacrée vérité concernant le scandale de ses "relations maritales", lorsque, encore lieutenant-gouverneur, elle retrouvait à l'heure du déjeuner, dans un appartement du gouvernement, son époux pour... bah oui "le sexe" (ce qui lui vaut le surnom par les médias de "Little Miss Nooner" — Miss 5 à 7), une rumeur que le mari avait lui-même initiée, confirmant par là qu'il était bien cette "bombe à retardement" (en plus de trafiquer ses pizzas — il tient une chaîne de pizzerias — en coupant la sauce tomate avec de l'eau!) qu'avait pressentie dès le début tante Helen (Jamie Lee Curtis), la meilleure amie et confidente d'Ella, lesquelles n'arrêtent pas de se renvoyer des "je t'aime", ce qui agacera ceux qu'irritent les "bons sentiments" au cinéma, car renvoyant à une vision soi-disant passéiste, dans la tradition du cinéma hollywoodien, alors que, pas du tout, puisque si la forme chez Brooks est celle des grandes comédies d'antan, ce qu'il s'y dit est toujours d'actualité, les questions pour le moins intemporelles qu'on se posait hier se posant toujours aujourd'hui, simplement reformulées, non pas au goût du jour, mais dans toute leur acuité, qui les rendent justement actuelles. Et dans Ella McCay, derrière l'idée de vérité et de sincérité, c'est le thème du "pardon" (dans sa dimension judéo-chrétienne) qui parcourt le film, source là encore de raillerie chez les anti-Brooks. Peut-on tout pardonner, même l'inexcusable? (qu'il s'agisse des infidélités répétées du père, qui ont fini par détruire une famille, ou du "sale coup" joué par le mari, qui a mis fin à la carrière d'Ella). Et quand bien même serait-on prêt à pardonner, n'y a-t-il pas un délai pour présenter ses excuses, qui fait que, passé ce délai, il est trop tard pour pardonner? Des questions qui jalonnent Ella McCay avec la même maestria chez Brooks que celle de ses précédents films, comme de celle de ses maîtres ès comédies, la même absence de cynisme (de celui qui aujourd'hui gâte nombre de comédies), la même dose au contraire d'optimisme, qui permet de surmonter les épreuves, même les pires (merci tante Helen qui tient ici le rôle de l'ange gardien, comme chez Capra, jusqu'à aider Ella, qu'on dit coincée, à se libérer via une sorte de cri primal), expliquant d'ailleurs le choix de la crise de 2008 comme contexte historique, écho au krach de 1929 et de toutes ces comédies euphorisantes qui ont suivi dans les années 30 en tant qu'antidotes à la sinistrose... à la différence toutefois que, dans Ella McCay, la recherche du bonheur chez Ella ne conduira pas au "remariage" mais véritablement à la "déprise", vis-à-vis du mari et plus généralement de ceux qui sont demeurés impardonnables (ou "pas vraiment" pardonnables), James L. Brooks sauvant in extremis le gouverneur Bill, via sa dernière réplique (admirable) avant de quitter le film... ce même gouverneur à qui Brooks avait offert le meilleur gag d'Ella McCay, lors de la séquence de l'investiture, quand, Ella plombant la cérémonie comme de coutume avec ses discours casse-pieds, il lui fait adresser un petit mot pour qu'elle pense à le remercier, puis, le speech se révélant interminable, en rédige un second, lui demandant de ne pas le remercier ou alors de juste dire son nom.
Qui dit "optimisme" dit ainsi le meilleur de la comédie ("optimisme" vient du latin optimus), au sens où, loin de tout aspect gnangnan (ce n'est pas parce que le film est produit par Disney que c'est mièvre), il met en avant le "bon côté" de la comédie, via les ressorts dont elle ressort (hé hé) depuis toujours, soit la mécanique-même de la comédie, qui ne se limite pas à faire rire mais vise à exprimer au mieux l'authenticité des sentiments (ce qui fait qu'on pleure aussi). Et chez Brooks le "bon côté" passe nécessairement par ce qu'on appelle une "bonne personne" (a good person), personnage qui, par son optimisme et sa détermination (l'ardeur d'Ella que traduit son aspect ébouriffé), est constamment dans la recherche du bien. Non seulement en tant que gouverneure, suite logique de ce qu'elle questionnait déjà dans son devoir de lycée: "Can There Be Morality in Politics" et qu'exprime, dix-huit ans plus tard, son acharnement pour faire passer ses deux lois sur les futures mamans et les "Tooth Tutors" (habilement traduits par "aidants des dents"), mais aussi en tant que grande sœur (magnifique séquence avec Casey, lors des obsèques de la mère, quand Ella laisse son petit frère derrière la porte de sa chambre, le temps de pleurer elle-même hors-champ, puis le fait entrer pour le consoler, séquence à laquelle répondra, dans un registre typiquement maccareyien, celle hilarante où Casey, devenu adulte, conseiller en paris sportifs et qui reste enfermé dans son appartement suite à une rupture amoureuse, eh bien reçoit Ella, inquiète de ses silences, et que celle-ci consomme par mégarde du cannabis).
S'arrêter, comme certains, aux clichés énoncés dans le film (sans que celui-ci ne les véhicule bien évidemment), ainsi sur la politique: "préférer le terme consensus à celui de compromis" ou encore "passer son temps à faire ce pourquoi on a été élu et non à être réélu (la scène où, dans des salles louées pour l'occasion, on fait appel aux sympathisants pour lever des fonds, avec le gouverneur Bill dont on doit piloter les réponses, est un régal)... comme sur le refus du pardon ("en gardant le passé près de soi on s'empêche d'embrasser le présent")... de même que de trouver le film ennuyeux sous prétexte que les discours d'Ella le sont, c'est passer complètement à côté du film, et au bout du compte n'y rien comprendre (à l'instar de Disney+ et du public américain mais pas que lui, je n'y reviens pas), tant l'écart entre ce qu'est le film et sa perception semble abyssal chez beaucoup, à l'instar finalement de celui qui existe entre Ella et ceux qui ne la comprennent pas. Il y a dans le film ce passage merveilleux (ils sont nombreux) où Bill fait gentiment la leçon à Ella, quant au côté fougueux et à la longue très "chiant" de son engagement politique, précisant que c'est pour son bien qu'il lui dit ça, une parole qu'Ella trouve néanmoins un petit peu arrogante, signifiant avec le pouce et l'index la taille de l'arrogance ainsi perçue, ce que Bill conteste en réduisant de lui-même l'écart formé par les doigts d'Ella. Cette arrogance, si elle est maximale pour ce qui est des contempteurs de James L. Brooks, est toujours adoucie chez ce dernier, du côté des personnages les moins sympathiques (1), par l'humour que le réalisateur y injecte (cf. la fin avec le mari aux prises avec les policiers). De sorte que, à l'inverse, chez les plus sympathiques (des good persons comme Ella, exemplairement la mère, la tante, la secrétaire, mais aussi Casey et Susan, la petite amie retrouvée, ou encore Nash, le chauffeur, ces personnages secondaires que Brooks s'attache toujours — de manière démocratique, pourrait-on dire — à mettre en valeur), il n'y a pas la moindre trace d'arrogance, mieux: s'y exprime un besoin de rapprochement dont témoignent: a minima, le moment où Ella, dans sa voiture de fonction, décide de passer du siège arrière au siège avant pour mieux entendre ce que lui raconte le chauffeur; au plus fort, toutes ces scènes où l'on voit des personnages (Ella et sa mère, Ella et sa tante, Casey et Susan) finir par s'enlacer, signifiant par là la sincérité de leur attachement. Et c'est très beau. Comme l'est l'épilogue, qui marque la nouvelle vie d'Ella (tout en prolongeant l'ancienne), dans le domaine associatif et du droit au logement (quasi inexistant aux Etats-Unis et que la crise de 2008 avait rendu plus urgent que jamais à faire valoir), entourée, qu'elle se retrouve, d'Estelle et de Nash. Ella McCay est un film dont on ne peut que tomber amoureux: il vous séduit, vous attire et, une fois pris dans ses filets, impossible de s'en détacher.

[C'est peut-être ça le "Mc" de McCay, des deux McCay, de McCarey... toujours lié, sans espace, au nom qui suit, comme si les deux doigts d'Ella étaient restés accolés, faisant d'Ella McCay un amour de film.] 

(1) Il n'y a qu'un seul personnage véritablement antipathique dans le film: la belle-mère d'Ella (via l'emprise qu'elle exerce sur son fils), personnage sur lequel, pour cette raison, Brooks ne s'attarde pas. 

février 04, 2026

Mon journal 13

  Les Harmonies Werckmeister de Béla Tarr (2000).

  Notes de janvier.

1er janvier
Bonne année 2026, année Jerry Lewis — centenaire oblige — pour tous les cinéphiles du monde! Voir le prologue de Hollywood or Bust de Frank Tashlin.

9 janvier
De Béla Tarr (1955-2026) je n'ai vu que les Harmonies Werckmeister, son plus beau film dit-on — et c'est vrai qu'il est beau — avec Sátántangó.
Le gris du monde — "Les Harmonies Werckmeister de Béla Tarr est un de ces films qui poussent à avoir des yeux. Et à mesurer notre retard. C'est un grand film qu'on peut ne pas voir. C'est un beau film qu'on peut ne pas comprendre. Invisible et incompréhensible. Non que les formes en soient complexes ou le récit obscur, mais parce qu'il y a assez de zones de clairvoyance et d'obscurité pour que nous cherchions dans les passages de l'une et l'autre de quoi inventer notre propre déambulation, en négligeant la volonté de savoir ce que l'on a vu et entendu." (Corinne Rondeau, in Trafic, 2004)

10 janvier
Matrice — En attendant le Sud... retour aux origines, comme toujours chez Erice, avec le sublimissime Alumbramiento, sur les premières minutes de vie d'un nouveau-né (c'est un des segments de la série Ten Minutes Older, 2002), au début de l'été 1940 dans une ferme du Pays basque espagnol, et par-là la naissance d'un regard qui n'est autre que celui de Víctor Erice, né le même jour à Karrantza, dans la province de Biscaye... au Nord donc.

13 janvier
L'étoile du Sud. Sur le Sud de Víctor Erice.

15 janvier
Un toast! Sur Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch.

18 janvier
Revu Tourments (Midareru, 1964) de Mikio Naruse et son finale bouleversant, l'une des plus belles fins de l'histoire du cinéma (, à 1h35 sur la vidéo):
"Reiko [Hideko Takamine], veuve de guerre depuis quinze ans et jeune encore, se retrouve dans un village de montagne avec son beau-frère Koji, de douze ans son cadet. Il lui a appris au début du film qu’il l’aimait depuis longtemps. D’abord choquée, elle le tient à distance, le repousse, se laisse peu à peu gagner par le trouble et enfin par l’amour, hésitant sans cesse entre ce qu’elle éprouve pour le jeune homme et le souvenir de son mari, à quoi s’ajoute le poids omniprésent des convenances. A la fin, pendant le voyage qui la ramène définitivement dans le village de ses ancêtres et que le jeune homme a tenu à faire avec elle, Reiko, profitant d’une étape de montagne, lui demande de repartir. Koji, désespéré, s’enivre dans une auberge du village et s’enfonce en pleine nuit, titubant, dans un bois voisin. Le lendemain matin, Reiko voit de la fenêtre de sa chambre d’auberge un groupe de villageois qui ramène un corps sur un brancard. Elle identifie Koji à l’anneau qu’elle lui avait donné en signe d’adieu et qu’il porte à sa main droite dépassant du drap qui le recouvre. Elle se précipite hors de l’auberge, commence à courir derrière les villageois, la caméra l’accompagne puis la précède dans son mouvement, mais le cortège s’éloigne et disparaît au coin d’une ruelle. Reiko, soudainement, cesse de courir et reste immobile. Le film se clôt sur un gros plan de son visage sans expression.
Edward Yang [dans le texte qu'il avait écrit pour la rétrospective Naruse du festival de San Sebastian] décrit longuement ce passage, dit sa surprise et son admiration devant le brusque arrêt de la course de Reiko et la coupe qui survient sur le gros plan du visage. Il est vrai que le moment, dans sa brièveté, est saisissant. Un personnage se précipite puis met fin à sa poursuite sans qu’aucune décision consciente ait présidé à cet arrêt, son immobilité est comme un acquiescement au mouvement de la vie qui continue, lequel en cet instant se confond avec celui de la séparation, de le perte et de la mort. Edward Yang n’hésite pas à affirmer qu’au moment où il écrit son texte, en 1998, peu de cinéastes auraient été capables d’une telle audace. Pour qualifier cette fin émouvante de concision et littéralement de retenue, il emploie un mot qu’on n'attendait pas, celui de générosité, et pour définir le cinéma de Naruse, il conclut par la belle expression d’"invincible style invisible"... (Jean Narboni, Mikio Naruse, les temps incertains, 2006)

20 janvier
Carpita et le réel. Sur le Rendez-vous des quais de Paul Carpita.

22 janvier
Vu le Mage du Kremlin d'Assayas, film à la fois insipide (on se lève pas pour Dano) et risible (Jude Law, sourcils froncés, la lipe bien marquée), aux dialogues plaqués et affreusement édifiants, genre je vous raconte Poutine et la Russie post-soviétique en deux heures trente chrono, telle une mini-série passée dans le compresseur, où ne resterait que les moments-clés, moments parfaitement connus pour qui s'intéresse un peu à l'Histoire... ce qui n'est pas connu, bah relevant de la fiction et se révélant sans grand intérêt à l'image du personnage féminin. Quant à "l'homme de l'ombre" il est tellement dans l'ombre qu'on a du mal à saisir exactement son rôle, de sorte qu'à la fin, hormis les deux fameux concepts (sur "la verticalité du pouvoir" et "la démocratie souveraine") dont il serait l'auteur, il aura semblé davantage sous l'influence de Poutine que l'inverse.
PS. Et que dire du personnage (inventé) de Jeffrey Wright, le journaliste américain qui n'apporte jamais la contradiction à Baranov, se contentant d'émettre de timides objections, personnage qui n'est là en fait que pour relancer la narration. Il est incompréhensible qu'Assayas n'ait pas réactualisé le roman d'Empoli écrit en 2020... qui tienne compte davantage (à travers par exemple des échanges plus vifs entre Wright et Baranov) des crimes de Poutine, d'une possible guerre en Ukraine, etc. et ne se limite pas à la façon dont Poutine a conquis le pouvoir puis à son image de "tsar" tout puissant, qui le rend finalement plus fascinant que monstrueux. C'est comme si Assayas réalisait un film sur Trump — via les confessions d'un idéologue fictif inspiré de Steve Bannon —, s'arrêtant à l'assaut du Capitole, sans référence au Trump d'aujourd'hui, bien trop désinhibé.

24 janvier
Le masterfilm. Sur The Mastermind de Kelly Reichardt.

27 janvier
Todas las canciones hablan de mí de Jonás Trueba (2010). Son premier long métrage. Tout est déjà là. J'y reviendrai.